British Home Children: chronique d’une enquête (épisode 1)

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La quête de Thérèse

Thérèse est née à Montréal, peu après la Première Guerre. Elle avait déjà 90 ans quand elle me demanda de l’aider à résoudre l’énigme entourant les origines anglaises de sa mère.

Sa maman serait née à Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre, fille de Walter R. et Mary Jane W.; le père serait décédé peu après sa naissance; elle aurait migré au Canada à l’âge de dix ans, sans fratrie, avec sa mère et le second époux de celle-ci dont elle ignore le nom; ils se seraient installés sur une ferme à Prescott, en Ontario; la mère et son mari seraient ensuite retournés en Angleterre pour régler des affaires et auraient laissé l’enfant au couvent catholique du village. Ils ne sont jamais revenus. Après ses années de couvent, l’Anglaise serait venue s’installer seule à Montréal où elle aurait vécu de petits boulots jusqu’à son mariage. Aucune famille, aucune photo, aucun objet ne témoignait de sa jeunesse, sinon quelques vagues souvenirs de la ferme et d’un beau-père, méchant et cruel.

Le papa de Thérèse venait de Rimouski. L’été, elle y allait avec lui. Elle y voyait des tantes, des oncles, des cousins et cousines, des maisons, des photos, bref elle se constituait une famille. Son père avait subi des blessures à la Grande Guerre, avait goûté au gaz moutarde, et en était revenu brisé, handicapé. Puis, il avait rencontré l’Anglaise à Montréal et l’avait épousée. Il avait alors 44 ans et elle, 38. Thérèse n’était encore qu’une enfant quand il est mort.

Fille unique, elle vécut ensuite seule avec sa mère. Si son père lui avait transmis une brève histoire familiale, de sa mère elle ne saurait presque rien. Invariablement, toutes ses questions recevaient la même réponse: « ça te donnera quoi de savoir ça? ». La petite Thérèse grandit donc avec des questions demeurées sans réponses. « Se peut-il que des adultes abandonnent un enfant? » «  Leur bateau a-t-il coulé, comme le Titanic? » « Sont-ils morts en Angleterre de la grippe espagnole? »

C’est dans les yeux de cette dame de 90 ans que j’ai compris l’importance de la quête généalogique, ce besoin inéluctable de connaître le fil de son histoire familiale.

Il se peut qu’on ne trouve rien. Il y a eu beaucoup de destruction en Angleterre pendant les bombardements.

Procédons par étapes. Avant de s’aventurer vers l’inconnu, le généalogiste doit établir une base de faits connus. Les nouveaux renseignements devront être concordants aux faits déjà établis.

- Commençons par ici. Par votre naissance et le mariage de vos parents.

- Je n’ai jamais su ni où ni quand mes parents se sont mariés. Et je n’ai jamais vu de photo de leur mariage. Quand ils se sont rencontrés, ils n’étaient plus très jeunes. Peut-être ont-ils vécu ensemble sans se marier.

Je suis heureux que Thérèse montre cette ouverture d’esprit. On ne sait jamais quel secret peuvent révéler nos recherches.

- Au décès de ma mère, j’ai trouvé ce papier dans ses affaires.

J’examine le document, un vieux papier usé, mais encore lisible. Il s’agit du certificat de naissance de Lilly R. délivré par le General Register Office, Somerset House, London, England et portant le numéro du volume dont il est extrait. La piste est sûre!

- Les noms de ses parents ne sont pas indiqués, mais il y a une date et un lieu de naissance. C’est déjà beaucoup. Je vous reviens samedi prochain.

L’ascendance matrilinéaire: la plus sûre de toutes

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Quand nous faisons nos premiers pas en généalogie, nous commençons habituellement par remonter la lignée patronymique, soit celle de notre père, par son père à lui, puis son grand-père et ainsi de suite jusqu’au premier migrant venu d’Europe qui portait ce nom qui nous a été transmis au fil des générations.

Une fois cette étape complétée, pourquoi ne pas explorer l’ascendance matrilinéaire? Cette fois, il faut remonter les ascendants maternels de notre mère par sa mère, puis sa grand-mère et ainsi de suite en remontant toujours par la mère. À chaque génération, nous trouvons un nouveau nom de famille, celui que portaient ces femmes avant leur mariage. Le nom de jeune fille de votre mère a peu de chance d’être le même que celui de sa mère à elle, quoique cela est tout de même possible.

Mais pourquoi donc remonter une telle lignée? D’abord pour le plaisir. Mais surtout, désolée messieurs, parce qu’il s’agit de la lignée la plus certaine parmi toutes celles que contient votre arbre. Si un homme doit reconnaître un enfant comme étant le sien à sa naissance, il est plus difficile pour une femme de cacher sa grossesse, bien que des exceptions existent. Il est arrivé qu’une grand-mère déclare être la mère d’un enfant pour préserver la réputation familiale et celle de sa fille.

L’aboutissement de cette recherche c’est la rencontre avec une pionnière, une Fille à marier ou une Fille du Roi, par exemple. Il est même parfois possible de remonter d’une ou deux autres générations en France. La mère ou encore la grand-mère maternelle de cette pionnière ont transmis leur langue, leur culture à cette fille qui, après avoir traversé l’Atlantique, les a perpétuées en Nouvelle-France.

En ce qui me concerne, Jacquette Grignon, épouse de Pierre de Lavoix, originaire d’Aytrée en Charente-Maritime, constitue pour le moment le dernier maillon de la lignée matrilinéaire prouvée et documentée de mon arbre généalogique. Cette femme n’a pas fait le voyage en Nouvelle-France. Son mari, alors veuf, s’embarquera avec ses quatre enfants, dont trois filles. L’une d’elles, mon ancêtre Marie de Lavoix, épousera Pierre Grenon en 1676 à Québec.

Les Papiers de famille : un trésor généalogique sous votre nez

Vous faites vos premiers pas en généalogie et vous avez commencé à explorer — comme il se doit — un peu partout sur Internet, en bibliothèque et aux archives. Mais vous avez sans doute négligé un endroit, facilement accessible celui-là. Avez-vous songé à entreprendre des fouilles dans votre propre maison?

Ma mère est décédée il y a presque quatre ans et je suis à mettre de l'ordre dans les papiers qu'elle avait accumulés au fil des ans. Tous ne sont pas d'intérêt généalogique, tant s'en faut, mais il est indéniable que certains d'entre eux me permettront d'ajouter quelques détails à l'histoire familiale.

À titre d'exemple, ma mère avait conservé toutes les déclarations de revenus faites par mon père depuis l'année de leur mariage, en 1956, jusqu'à son décès, en 1985. Sur la première page des formulaires de déclaration les plus anciens se trouvait une case où l'on devait indiquer le nom de ses employeurs de même que le nombre de semaines travaillées pour ceux-ci. J'ai pu ainsi établir la liste de tous les emplois occupés par mon père de son mariage jusqu'au moment de sa retraite. Ce fabuleux inventaire comprenait par ailleurs leurs actes de baptême, leur contrat de mariage — je ne savais même pas qu'ils en avaient un! — les diplômes d'études de ma mère, le menu de leur repas de noces (!), le livre de chansons qu'avait offert ma grand-mère à mon grand-père du temps de leurs fiançailles, et j'en passe.

Imaginez les découvertes à votre portée si votre ancêtre était un immigrant récent : comme, entre autres, mettre la main sur ses documents de demande de citoyenneté et enfin obtenir la preuve de ses origines que vous cherchez depuis toujours! Une de mes connaissances les avait en sa possession, sans même s'en douter. C'est seulement à ma suggestion qu'il a vérifié parmi les papiers de ses parents décédés et qu'il est tombé sur ce précieux témoignage.

Ni mes parents ni mes grands-parents n'ont laissé quelque correspondance que ce soit. Qu'en est-il des vôtres? Ces vieilles lettres entassées dans une boîte à chaussures vous semblent à priori sans intérêt? Pensez-y à deux fois. Rien de mieux qu'une journée de pluie ou un long week-end pour en faire la lecture. Vous pourriez en apprendre davantage sur des cousins perdus de vue depuis longtemps ou dont vous ignoriez l'existence.

Il y a une quinzaine d'années, lors du décès de mon oncle — le frère de ma mère —, sa femme m'a légué son album de famille et une enveloppe pleine de photos de la famille de ma mère. Le plus beau dans tout ça, c'est qu'elle contenait aussi une pile de cartes funéraires, certaines datant de presque 100 ans. Tout un trésor!

Faisait également partie des papiers de ma mère le règlement de la succession de ma grand-mère, grâce auquel j'ai découvert les actes d'achat des deux maisons à Montréal dont la famille était propriétaire depuis la fin du XIXe siècle.

Qui donc souhaiterait feuilleter de vieilles déclarations de revenus? Des généalogistes, bien sûr, parce que l'expérience leur a enseigné qu'il ne faut jamais écarter d'emblée aucune piste, et qu'un indice provient souvent des sources les plus inattendues.

Des captifs de Deerfield, MA au Québec

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Maison Allyn à Deerfield

Vous avez dit captifs?

Lorsque nous commençons notre arbre généalogique, nous sommes à des années-lumière de savoir où vont nous mener nos recherches. Il est donc important d’avoir l’esprit ouvert, car les surprises risquent d’être nombreuses. 

En voici une qui m’est arrivée en consultant le registre de Sainte-Anne-de-Bellevue au moment où je recherchais le mariage d’Albert Lalonde. Dans l’acte du 7 février 1746, il est indiqué qu’il est le fils de Guillaume Lalonde et de Marie Magdeleine Hélène. C'était il y a plusieurs années et la généalogiste débutante que j’étais alors n’y a rien vu de spécial. Je me suis d’abord dit que le curé avait tout simplement omis le nom de famille de la mère de l’époux. Mais, on n’est jamais assez prudent. J’ai ensuite émis l’hypothèse que «Hélène» était peut-être bien son patronyme; qu’elle pouvait par exemple être née de parents inconnus ce qui expliquerait l’utilisation de tous ces prénoms. Que nenni!

L’acte de mariage du 27 avril 1710, inscrit au registre de la paroisse Sainte-Anne-de-Bellevue, entre Guillaume Lalonde et Marie Magdeleine Hélène, précise que les parents de l’épouse sont anglais et résident au village de «Tierfille». Cet endroit, comme l’indique l’annotation marginale, est plutôt Deerfield, au Massachusetts.

Marie Magdeleine Hélène qui a 19 ans au moment du mariage en avait 13 en 1705 à son baptême catholique selon l’acte retrouvé également dans le registre de Sainte-Anne-de-Bellevue. Le curé la nomme alors Marie Magdeleine Siré Hélène. Son nom anglais est plutôt Sarah Allen ou Allyn.

Sarah fait partie d’un groupe d’habitants de Deerfield faits prisonniers le 29 février 1704 lors d’un des raids franco-amérindiens. Certains de ces captifs de la Nouvelle-Angleterre emmenés en Nouvelle-France ont été « adoptés » par une famille canadienne-française ou amérindienne.  C’est le cas de Sarah qui habitait chez le Sieur Quenet. Quoiqu’une majorité ait préféré retourner aux États-Unis une fois leur liberté retrouvée, quelques-uns se sont mariés au Québec et y ont une descendance. Ils portaient entre autres les patronymes Carter devenu Chartier, Dicker, Farnsworth devenu Phaneuf, French, Hurst, Price, Rice, Rising devenu Raizenne, Stebbins devenu Stebenne.

 

Ouvrage sur le sujet

Haefeli, Evan et Kevin Sweeney. Captors and Captives, The 1704 French and Indian Raid on Deerfield, University of Massachusetts Press, 2005, 376 pages

Notre article sur les registres paroissiaux d'État civil du Québec

Semaine nationale de la généalogie : de tout pour tous!

Les mordus le savent — les autres peut-être pas —, mais c'est aujourd'hui que s'amorce la Semaine nationale de la généalogie au Québec, et ce, jusqu'au 25 novembre inclusivement, sur le thème : J'exprime ma passion!

Créée en 2012, la Semaine nationale de la généalogie a pour objet de promouvoir la pratique de la généalogie, de faire mieux connaître les sociétés de généalogie, leurs ressources et leurs réalisations, ainsi que de susciter l'enthousiasme des Québécois, en particulier des enfants et des adolescents, pour la recherche de leur histoire de famille.

Les dépôts d'archives, les centres d'histoire, les sociétés de généalogie et les bibliothèques : partout, tous ont mis la main à la pâte en vue d'organiser des activités à la hauteur de la passion qui les anime afin de mieux la partager avec vous. Et n'ayez crainte, celles-ci ne se limitent pas qu’aux grandes villes. La généalogie se fête aux quatre coins du Québec!

Voyez plutôt : il y aura une Entraide généalogique à la Société de généalogie des Cantons-de-l'Est, à Sherbrooke; un Rendez-vous avec vos ancêtres, à Mont-Laurier; ou encore vous serez Complètement généalogie! aux centres de BAnQ à Drummondville, Gatineau, Montréal,Trois-Rivières, Saguenay, Rimouski, Sept-Îles, Québec, Rouyn-Noranda et Sherbrooke. La généalogie scientifique du XXIe siècle est votre nouveau dada? Une petite virée à Asbestos s'impose pour en apprendre davantage.

Vous êtes débutant peut-être? Les sociétés de généalogie et les centres d'histoire vous proposent une journée portes ouvertes : par exemple à la SGCF, à Montréal; à la Société de généalogie du Grand Trois-Rivières; ou au Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

GenSpotters vous souhaite de bien profiter des activités qui vous sont offertes et vous invite à en consulter le répertoire ici ou sur le site de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie.

Exprimez votre passion!

100 histoires : Les Canadiens à la Première Guerre mondiale

Bibliothèque et Archives Canada a entrepris de numériser tous les dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien pour commémorer la Première Guerre mondiale. Certains dossiers contiennent moins de 10 pages, alors que d’autres en ont plusieurs centaines. Le projet sera complété d’ici la fin de 2018. Une base de données des soldats de la Première Guerre mondiale (1914-1918) vous permet déjà de faire une recherche en utilisant les champs de recherche suivants: le nom, le prénom et / ou le numéro matricule du soldat.

Les Trésors des archives notariales du Québec : l’inventaire après décès

De tous les documents notariés qui existent, l'inventaire après décès est assurément mon préféré. Imaginez : être en mesure d'obtenir la liste de tous les objets de valeur se trouvant dans la maison de votre ancêtre! Trop beau pour être vrai? N'en soyez pas si sûrs!

En fouillant dans les minutiers des notaires du Québec, j'ai relevé des inventaires après décès pour quelques-uns de mes ancêtres. Malgré que la plupart d'entre eux aient été simples journaliers ou cordonniers, d'autres, sans être riches, à proprement parler — néanmoins avantageusement pourvus — ont laissé derrière eux l'inventaire des biens de la communauté ayant eu cours entre le conjoint survivant et le conjoint décédé.

Un inventaire commence généralement par la liste de tous les objets de valeur, comme : le mobilier (du salon, de la cuisine, de la chambre à coucher); les ustensiles de cuisine; les voitures; les animaux; les outils; et j'en passe. Lire une phrase telle que « du consentement des parties, les instruments de musique en cuivre, appartenant au tuteur et au mineur, resteront la propriété de chacun d'eux » procure toujours un petit frisson. Mais il y a encore plus sérieux que l'énumération des chaudrons et des couteaux. Je fais allusion ici aux dettes actives et passives.

En effet, vous apprendrez si votre ancêtre était en attente du remboursement de prêts consentis à diverses personnes. S'agissait-il de proches (frère, beau-frère, cousin), d'amis ou de voisins? Pensez au portrait que vous seriez à même de brosser de sa famille élargie. Ces dettes actives étaient peut-être liées à son travail, comme dans le cas de l'épicier Honoré Tourville à qui l'on devait de l'argent pour des notes d'épicerie non réglées et des arrérages de loyer. Dès lors, on devine qu'il était propriétaire de quelques logements locatifs.

À l'inverse, la liste des dettes passives nous renseigne sur les sommes à rembourser par notre ancêtre soit à une institution financière, soit à un particulier (par exemple, une rente constituée ou un emprunt auprès d'un gendre). C'est cette rubrique qui révèle à combien s'élevaient, pour le conjoint survivant, les frais funéraires —et parfois même les honoraires du médecin — pour la personne décédée.

Si vous n'avez jamais trouvé d'acte notarié pour la terre qu'occupait votre ancêtre, voici votre chance. En règle générale, la rubrique Titres et papiers fournit un aperçu des titres concernant les biens immeubles de votre ancêtre, incluant la date et le numéro du document ainsi que le nom du notaire. Certains inventaires donnent en outre une description détaillée de la terre ou du lot — un trésor si la copie du notaire a été perdue ou détruite. À cette liste peut également s'ajouter le contrat de mariage de la communauté. La soussignée déteste tout particulièrement les notaires paresseux qui, inventoriant les documents, se sont contentés d'écrire : « Une liasse de titres et papiers. »

Votre ancêtre était parti s'installer aux États-Unis? J'ai réussi à découvrir l'inventaire après décès d'un couple vivant dans l'État de New York où l'épouse est décédée. Le veuf ne s'est pas remarié, mais désirait vendre la terre dont il disposait toujours dans le comté de Richelieu. L'inventaire nous informe non seulement à propos du lieu où se sont établis les enfants majeurs (au Vermont), mais aussi sur le fait que sa terre avait été laissée à l'abandon, ce qui confirme que la famille avait émigré aux États-Unis depuis quelques années.

Depuis les débuts de la Nouvelle-France jusqu'en 1897 au Québec, l'inventaire après décès était obligatoire à la suite du décès du premier des deux parents mariés en communauté de biens, et laissant au moins un enfant mineur afin que soit dûment exécuté le partage des biens revenant aux enfants mineurs et au conjoint survivant.1

La base de données Parchemin — accessible dans certaines sociétés de généalogie et bibliothèques du Québec — affiche la liste exhaustive des actes notariés de 1626 à 1799 (y compris le type d'acte, le nom des parties et un résumé). Les minutiers — et parfois les actes — des notaires du XIXe siècle sur le site de BAnQ représentent également une source appréciable.

1 Jetté, René, Traité de généalogie, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1991, p. 472-475

Registres paroissiaux d’État civil du Québec

Au Québec, la consignation des actes d’État civil, tels les baptêmes, mariages et sépultures, dans un registre était de la responsabilité de la paroisse, depuis le tout premier acte enregistré en 1621, jusqu’à la réforme de l’État civil en 1994. Suivant en grande partie la pratique observée en France, les actes étaient donc inscrits dans deux registres dont une copie, la minute, demeurait à la paroisse alors que la seconde, la grosse, était déposée au tribunal desservant le territoire. En conséquence, on ne recense que très peu de lacunes et ces registres ont été assez bien préservés dans l’ensemble.

La tenue des registres n’a pas toujours été exigée par l’État. En fait, seule la tenue d’un registre des baptêmes a été instituée en 1539 par l'ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par François Ier, laquelle impose aussi l’usage du français dans tous les actes officiels. L'enregistrement des mariages et des sépultures n'est rendu obligatoire qu’à partir de 1579 par l'ordonnance de Blois, à peine une quarantaine d’années avant que le premier acte soit enregistré au Québec.

En 1667, l'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye ou « Code Louis » impose la tenue des registres en double, en vue de se prémunir contre la perte ou la destruction irrémédiable des informations causée par les guerres, les incendies ou encore les rongeurs. Cette règle sera très rapidement suivie au Québec alors qu’en France ce ne fut pas tout à fait le cas. Dans la majorité des paroisses, c'est seulement à partir de la déclaration du 9 avril 1736, rappelant et complétant l'ordonnance de 1667, que l'obligation de tenue en double des registres sera réellement généralisée.

Alors, si nous vous demandions de préciser si la copie d’acte de mariage de votre aïeul provient de la minute ou de la grosse, seriez-vous en mesure de le faire? Nous verrons comment les distinguer dans un prochain article.

Registres paroissiaux d'État civil du Québec sur FamilySearch

Votre ancêtre européen : Une visite au Musée canadien de l’immigration du Quai 21

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Certains pourraient décréter que mon arbre généalogique manque de diversité. Mes ancêtres étaient tous des Canadiens-français à l'exception de deux personnes en provenance de l'Angleterre du XVIIe siècle. Eh! bien, cela ne m'a pas du tout empêchée d'apprécier ma visite au Musée canadien de l'immigration du Quai 21 à Halifax!

Ce musée est judicieusement situé dans l'ancien édifice du Quai 21 qui, de 1928 à 1971, a servi de porte d'entrée à un Canadien sur cinq lors de son arrivée au pays. L'exposition permanente L'histoire du Quai 21 illustre le voyage qu'a entrepris votre ancêtre, que ce soit à partir de la reconstitution d'une cabine de navire, de la salle de la douane où les immigrants attendaient avec anxiété d'être appelés, ou d'une voiture de chemin de fer en route pour le Québec, l'Ontario ou les provinces de l'Ouest.

Si, pour certains, l'entrée au Canada ne représentait qu'une simple formalité — leurs papiers étaient en règle et un certificat médical attestait de leur bonne santé — pour d'autres, c'était l'examen médical obligatoire avec, à la clef, une quarantaine, le cas échéant. Quant à ceux atteints de tuberculose, le rêve se terminait là, car ils étaient renvoyés dans leur pays d'origine.

La visite commentée nous fournit une foule de renseignements. Comme notre groupe était composé de touristes européens et de Québécois dont les racines remontent, comme pour moi, aux premiers immigrants, notre guide nous a raconté des histoires tantôt très émouvantes, tantôt amusantes, partagées par des visiteurs ayant eux-mêmes passé par le Quai 21 lors de leur arrivée au Canada. Saviez-vous que les Italiens nous surnommaient des mangia-cake? Le pain canadien était un peu trop sucré à leur goût!

En fait, le passage de la douane était très similaire à ce qu'on expérimente soi-même de nos jours en revenant au pays : tous ces délicieux saucissons étaient jetés à la poubelle sur place et les bons vins dont la quantité excédait la limite permise, confisqués. Mais pour les nouveaux arrivants, désormais privés de nourriture, il y avait de l'espoir, comme nous le confirme la reconstitution d'un comptoir alimentaire vendant des boîtes de conserve telles que Beefaroni du Chef Boyardee ou le Spaghetti Franco-American. Quel choc culturel cela a dû être pour nos immigrants!

À défaut de tirer quoi que ce soit de mes ancêtres, passons plutôt aux vôtres. Ont-ils vécu l'expérience du Quai 21? Je fais ici allusion aux épouses des soldats canadiens, les épouses de guerre, qui ont immigré entre 1941 et 1947, de même qu'aux personnes déplacées, déracinées par la guerre, et aux réfugiés politiques voulant échapper aux régimes totalitaires de l'Europe de l'Est, entre 1947 et 1954.

Les vitrines derrière lesquelles sont exposées quantité de valises et de malles nous donnent une idée assez précise de la provenance de ceux arrivés durant ces grandes vagues d'immigration. Ces objets, donnés par des gens ayant vécu l'expérience du Quai 21, nous renvoient l'image d'êtres courageux qui ont tout abandonné pour recommencer leur vie à zéro.

Contre toute attente, la scène la plus touchante à laquelle j'ai assisté cette journée-là n'a pas eu lieu dans une salle d'exposition du musée, mais plutôt à la sortie du Centre d'histoire familiale Banque Scotia de Bibliothèque et Archives Canada, situé à l'entrée du musée, où vous pouvez obtenir une copie des dossiers d'immigration de vos ancêtres antérieurs à 1935. C'est là, en effet, que j'ai aperçu une famille dont le jeune père s'extasiait devant une feuille de papier qui lui avait été remise au Centre, peut-être le dossier de ses grands-parents. Il venait de découvrir quelque chose d'excitant sur sa famille, pas de doute là-dessus, parole de généalogiste!

Le Fichier Origine — un outil méconnu

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Le Fichier Origine est un répertoire des actes des pionniers nés à l'extérieur de la vallée du Saint-Laurent et établis sur le territoire actuel du Québec, des origines à 1865. Il inclut bien sûr les migrants venus d’Europe, mais également ceux nés ailleurs sur le continent américain.

Pour figurer dans ce fichier, l’origine d’un migrant doit avoir été prouvée par la découverte de son acte de naissance, celui d’un frère ou d’une soeur ou encore par l’acte de mariage de ses parents. Bien qu’une équipe de chercheurs s’affaire à retracer nos ancêtres dans les archives, il est possible d’y contribuer en fournissant les preuves nécessaires.

Cet outil permet la recherche selon quatre critères, soit par nom de famille, par département, État ou pays, par localité ou paroisse d’origine et par lieu de mariage. Le champ Nom de famille inclut la recherche par surnom, celui-ci s’étant substitué dans une majorité de cas au Québec au nom de famille d’origine.

Cette base de données permet aussi de retrouver des migrants appartenant à un même groupe socio-historique. Il est possible de découvrir tous ceux qui ont fait partie du Régiment de Carignan-Salières, celles qui étaient Filles du Roy ou encore tous les Soldats de Montcalm dont on a retrouvé l’origine. De manière plus pointue, il est possible d’y rechercher les seuls migrants pour lesquels l’acte de baptême ou de naissance a été numérisé.

Cet outil pourrait encore être amélioré. Il serait intéressant de pouvoir circonscrire la recherche par la mise en place d’un champ années extrêmes (entre … et …). Enfin, une standardisation de l’entrée des lieux est souhaitable pour les pays autres que la France. Par exemple pour l’Italie, la recherche n’a donné aucun résultat en inscrivant Toscane dans le champ Département, État ou pays alors que deux des migrants en sont originaires. L’utilisation du nom des provinces serait encore plus précise et correspondrait davantage aux départements français puisqu’elles sont les dépositaires des archives.

Le Fichier Origine demeure le seul outil de généalogie faisant le lien entre le migrant arrivé au Québec et son lieu d’origine réel. Il est généralement fiable.

www.fichierorigine.com