Sur la trace de vos ancêtres acadiens : une visite au Lieu historique national de Grand-Pré

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Déjà lorsque je planifiais d’aller au Lieu historique national de Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse, j’étais convaincue que ma visite se traduirait par une mine d’informations. Je dois toutefois avouer que je ne croyais pas être émue autant que je l’ai été.

Mon arrière-grand-mère paternelle, Philomène Leblanc, était d’origine acadienne. Tout au long de mon séjour là-bas, je n’ai cessé de penser à son arrière-grand-père Joseph Leblanc, déporté d’Acadie alors qu’il avait à peine 15 ans; ma famille me donnait rendez-vous avec l’Histoire.

Le village de Grand-Pré se trouve au coeur de la région des Mines, elle-même située autour du bassin du même nom. C’est justement de ce lieu que furent déportés et arrachés à leur terre plus de 6 000 Acadiens en 1755.

Au centre d’interprétation, prenez le temps de visionner le film sur la déportation (d’une durée d’une vingtaine de minutes) avant de vous attarder à l’exposition sur l’histoire des Acadiens. Bien que lors du Grand Dérangement les Britanniques aient brûlé l’église et les maisons, plusieurs artefacts ont été récupérés et sont présentés, racontant la vie quotidienne des habitants : que ce soit une paire de chaussures datant des années 1720, des outils ou de la vaisselle. Deux chaudrons de fer ont été découverts l’un dans l’autre, remplis d’écorce et de mousse par leurs propriétaires afin de protéger les flacons de verre et leurs précieux supports en faïence française émaillée. Il est bouleversant de constater que certains d’entre eux avaient ainsi caché leurs objets de valeur, espérant revenir chez eux.

En empruntant la sortie donnant sur l’arrière du bâtiment, vous vous dirigez ensuite vers la statue d’Évangéline et l’église-souvenir (construite plus ou moins sur le site de l’ancienne église catholique Saint-Charles-les-Mines), l’ancien cimetière paroissial et le magnifique paysage du « grand pré » qui, comme le souligne le panneau, « était l’une des plus grandes entreprises de mise en valeur des terres. Des recherches récentes suggèrent que les Acadiens ont endigué ici des centaines d’hectares avant leur déportation en 1755 ».

Le site de Grand-Pré — et pour cause — est par ailleurs inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis le belvédère aménagé sur le chemin Old Post, vous pouvez contempler le panorama qui s’offre à vous tout en donnant libre cours à votre imagination et voyager dans le temps.

Le sort de Joseph et des siens venait assurément d’ajouter un nouveau chapitre à l’histoire familiale, car après ma visite, je n’avais qu’une envie : me replonger dans mon arbre généalogique et documenter la vie de mes ancêtres acadiens. Si ces cinq familles vivaient toutes à Saint-Jacques-de-l’Achigan vers 1768, elles y sont parvenues avec un bagage différent : une première a été déportée en Angleterre, puis à Saint-Servan, en France; une deuxième et une troisième sont passées par le Massachusetts; une quatrième, par le Connecticut; et enfin, une cinquième (et dernière) famille dont nous pouvons prouver la présence en Acadie et à Saint-Jacques-de-l’Achigan, mais dont nous ignorons encore le ou les lieux par où elle a pu transiter auparavant. À moi d’investiguer afin de connaître son parcours!

Peu de temps après mon retour, j’ai découvert que Joseph Leblanc, ses frères et soeurs ainsi que ses parents se trouvaient sur l’Isle Royale (île du Cap-Breton), en Nouvelle-Écosse, en 1752. J’ai bien l’impression que je vais devoir y retourner. C’est fou comme la généalogie vous fait voir du pays!

Dans la bibliothèque de GenSpotters : Beyond Brutal Passions: Prostitution in Early Nineteenth-Century Montreal par Mary Anne Poutanen

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À Montréal, au début du XIXe siècle, l’élite se questionnait sur les buts du séjour en prison des femmes vivant des fruits de la prostitution, doit-il dissuader ou réhabiliter? Celui-ci avait ses raisons d’être selon les résidents. La prison fournissait l’assistance publique nécessaire aux habitants démunis et sans abri, la plupart du temps des personnes âgées, des mères et leurs enfants, ainsi que des prostituées. À l’époque plusieurs femmes se sont tournées vers la prostitution et la tenue de bordels pour des raisons économiques et pour subvenir à leurs besoins de base tels que se nourrir, se vêtir et se loger. Quoique plusieurs historiens se soient intéressés à la prostitution, peu d’entre eux se sont attardés à la première moitié du XIXe siècle, tant au Québec qu’au Canada.

L’ouvrage de Mary Anne Poutanen se divise en deux parties. La première met l’accent sur les femmes accusées d’avoir exercé des activités liées à la prostitution alors que dans la seconde, l’auteure se penche sur les procédures du système de justice pénale entourant le traitement des plaintes contre les présumées prostituées.

Les trois premiers chapitres s’arrêtent aux lieux où les femmes vivent et travaillent. L’auteure y aborde d’abord la géographie sociale de la prostitution, puis la prostitution résidentielle et les bordels et, enfin, la prostitution de rue.

Les chapitres 4 à 7 quant à eux, s’attardent à la rencontre entre le plaignant, l’accusée et les diverses autorités du système de justice. L’auteure y souligne la complexité administrative liée au dépôt d‘une plainte contre une prétendue prostituée ou tenancière de bordel. Elle examine ensuite la relation complexe entre policiers, gardiens et prostituées. Puis elle se concentre sur les causes entendues devant les tribunaux. Enfin, elle aborde les punitions et la manière dont celles-ci ont évolué pendant la période étudiée.

Le présent ouvrage nous éclaire sur la relation complexe entre les femmes accusées de prostitution et la société dans laquelle elles vivaient et travaillaient. Beyond Brutal Passions nous emmène transporte dans cet univers social méconnu et pourtant bien réel à Montréal au début XIXe siècle. Un ouvrage pertinent et désormais incontournable.

Poutanen, Mary Anne. Beyond Brutal Passions. Prostitution in Early Nineteenth Century Montreal, McGill-Queen’s University Press, 409 pages.

Une visite à Pointe-à-Callière : Montréal sous vos pieds

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Depuis l’ouverture du musée Pointe-à-Callière en 1992, j’y ai effectué plusieurs visites, et l’inauguration, en mai dernier, du pavillon du fort de Ville-Marie a été un excellent prétexte pour m’y rendre récemment.

J’adore cet endroit. J’avoue que j’ai toujours eu un faible pour l’archéologie; j’admire beaucoup le travail de ceux qui, selon moi, font preuve d’une minutie et d’une patience infinies. Pour qui désire mieux la connaître, lire sur l’histoire de Montréal depuis ses origines est bien sûr incontournable, mais visiter le site du fort de Ville-Marie est toute une expérience.

Lorsque vous pénétrez dans le pavillon, vous survolez littéralement les vestiges du fort grâce au plancher de verre qui recouvre toute la superficie du site. L’un de mes ancêtres montréalais, Marin Janot dit Lachapelle, est arrivé à Ville-Marie en 1653, 11 ans après sa fondation. Il faisait partie de la Grande Recrue qui comptait 117 engagés et 14 femmes. Marin était charpentier. Je me plais à l’imaginer, entouré de ses compagnons, occupé à la fabrication des petits pieux de la palissade.

En circulant dans la salle, il est très facile de visualiser la vie de ces femmes et de ces hommes qui ont habité ces lieux en regardant les nombreux artefacts qui y ont été rassemblés: que ce soit des outils ayant servi à la construction du fort; une terrine, un plat ou un pot ramenés à la surface par les archéologues; ou même les os des cochons domestiques, révélant combien cet animal était important pour les habitants. On peut également apprécier l’usage qu’ont fait les Amérindiens des fragments de chaudrons de cuivre français, les recyclant pour confectionner pointes de flèches ou cônes clinquants (ceux-ci étaient destinés à l’ornement des vêtements et des chevelures).

En plus des fondations du fort de Ville-Marie, le site présente celles du Château Callière bâti plus tard (et détruit vers 1760) ainsi que les vestiges d’un foyer amérindien précédant l’arrivée des premiers Européens.

Sur la Place d’Youville, à deux pas du musée, se trouve le monument aux Pionniers de Montréal; vous y apercevrez peut-être le nom de votre ancêtre.

Les férus d’histoire ont été gâtés en cet été 2017 à Montréal. Heureusement pour eux, certaines expositions sont là pour de bon et tous pourront en profiter.

Une nouvelle saison de Finding Your Roots au petit écran cet automne

La première de la nouvelle saison de Finding Your Roots sera télédiffusé à l’antenne de PBS à compter de mardi prochain, le 3 octobre 2017.

Vous ne portez peut-être pas le nom de votre ancêtre!

Vous vous appelez Languedoc, Sanschagrin, Laframboise ou Saint-Jean? Il y a de fortes chances que votre ancêtre ne portait pas ce nom-là.

Au Québec beaucoup de gens portent aujourd’hui un patronyme différent de celui de leur ancêtre. Ils ont pour nom de famille le surnom de ce dernier ou bien celui porté par un de ses descendants. Certains noms portés par les premiers migrants ont d’ailleurs complètement disparu après avoir été remplacés au fil des ans par le surnom qui leur était respectivement associé.

Une bonne partie de ces surnoms ont été portés par des militaires qui constituent à l’époque le troisième groupe le plus important de migrants après les engagés et les Filles du roi. Dans l’armée, un officier attribuait un nom de guerre, ou surnom, à chaque recrue. Les soldats établis au Canada, alors colonie de la Nouvelle-France, provenaient, selon les époques, du régiment de Carignan-Salières arrivé en 1665, des Compagnies franches de la Marine qui étaient chargées de protéger la colonie dès 1683 et enfin des régiments d’infanterie venus combattre les Anglais lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Dans certaines familles, les surnoms sont apparus tardivement afin de distinguer les lignées. Ainsi, les descendants des Lefebvre de la Baie-du-Febvre portent entre autres les patronymes Descôteaux, Labbé ou Laciseraie. Quant à ceux de Paul Hus, ils s’appellent notamment Beauchemin, Capistran, Cournoyer, Latraverse, Lemoine, Millet, Paul, Paulet ou même Paulhus. Attention, à l’inverse, tous les Lemoine ne descendent pas de Paul Hus et tous les Laframboise ne partagent pas le même ancêtre.

Il n’est pas toujours évident de savoir pourquoi tel surnom plutôt qu’un autre a été attribué à un ancêtre. Dans quelques cas, le surnom reprend le patronyme de l’aïeule, citons notamment les Bélisle dit Levasseur, les Lemire dit Marsolet et les Morand dit Grimard. Il arrive aussi qu’il résulte de la contraction des prénom et nom, comme Castonguay (Gaston Guay), Louiseize (Louis Seize) ou Paulhus (Paul Hus). Pour ce qui est des familles seigneuriales, le surnom représente le nom d’un fief ou d’une seigneurie, par exemple les Boucher de Montbrun ou encore les Noël de Tilly.

Les surnoms les plus courants reprennent souvent tout simplement le prénom de l’ancêtre. Germain Gauthier est dit St-Germain. Il peut aussi révéler son origine de manière plus ou moins précise, comme par exemple L’allemand, Langevin, Lyonnais ou Montauban. Le surnom se rapporte parfois au métier que pratique l’ancêtre, tel que Lalancette pour un chirurgien ou Lalime pour les fondeurs ou les serruriers. Il n’est pas rare qu’il décrive une caractéristique physique ou morale, comme Legros, Latendresse, Sansregret, Lespérance. Enfin, dans l’armée on attribuait également des noms de plantes ou de fleurs comme surnom, tel que Latulipe, Larose, Lafleur, ainsi de suite.

Pour terminer, certains surnoms, qu’on retrouve chez nos ancêtres militaires, sont disons plutôt cocasses. En voici quelques exemples: Baisela, Vivelamour, Prêtàboire, Vadeboncoeur, Tranchemontagne, Passepartout ou Laterreur.

Sources:
Jetté, René et Micheline Lécuyer. Répertoire des noms de famille du Québec des origines à 1825, éd. SGCF, Montréal, 201 p.

Jetté, René. Traité de généalogie, Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 1991. 716 p. (ouvrage épuisé)

La Mutation des patronymes canadiens-français aux États-Unis

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Si, comme moi, vous ambitionnez d’identifier tous les descendants de votre ancêtre et que vous êtes bloqué, avez-vous songé à diriger vos recherches vers les États-Unis?

Les surnoms nous donnent déjà du fil à retordre — ma collègue Suzanne en fera l’objet d’un futur article —, mais avec les Canadiens-français ayant émigré aux États-Unis, il faut jongler avec une difficulté supplémentaire : la mutation linguistique des noms de famille.

Si plusieurs Américains ignorent qu’ils ont un ancêtre canadien-français, le même constat s’applique en sens inverse. Lorsque j’ai commencé à faire des recherches au Vermont, j’ai d’emblée écarté certains patronymes, convaincue d’avoir affaire à des descendants d’origine britannique. Comment la néophyte que j’étais aurait-elle pu se douter que cette Jane Wood était en fait Geneviève Dubois? Ou bien que ce Nelson Little était aussi connu sous le nom de Narcisse Petit au nord du 45e parallèle?

Au cours de mes enquêtes, j’en ai vu des variations de noms de famille! Si certains d’entre eux sont tout simplement une traduction littérale du français et assez faciles à interpréter — je pense notamment à Shortsleeve, pour Courtemanche —, d’autres ne sont pas si évidents. Pensez à German : il peut s’agir de Lallemand ou de Saint-Germain.

Il suffit quelquefois de prononcer à voix haute le nom de famille déchiffré dans un recensement ou un registre paroissial pour deviner le nom d’origine. Je pense ici à Broshaw, pour Branchaud; à Gorrow, pour Gareau; à Sears, pour Cyr; et à Tromblei, pour Tremblay. Dans ce cas, les noms n’ont pas été traduits, mais plutôt anglicisés. Par contre, lorsque j’ai lu Fosha, j’ai spontanément fait le lien avec Foucher pour découvrir, à force de creuser, qu’il s’agissait de Forcier. Et que dire des Blanchette qui ont décidé d’utiliser Blanchard?

Percer l’origine du patronyme Rock peut sembler élémentaire à première vue. Ah! oui, sûrement Laroche ou Larocque?! Non, peut-être Desrochers ou Durocher… oh! et si c’était Lapierre? Même dilemme pour le nom Stone. Vous en avez parfois pour des heures à trouver le bon nom.

Certaines mutations de noms sont à s’arracher les cheveux. Comment Arpajou a-t-il pu devenir Parish? Et les Daniels qui étaient initialement des Beauchemin? Sans les répertoires paroissiaux du Vermont, je serais vraiment perdue!

Enfin, mes favoris sont sans contredit, MM. John « French » et Martin « Frenchman ». Bien joué, les gars! Merci, ça m’aide beaucoup!

Alors, si vous faites une généalogie descendante, n’hésitez pas à aller investiguer du côté du Maine, de l’État de New York, en passant par le Vermont et le New Hamsphire, de même que le Massachusetts et le Rhode Island. Ne négligez surtout pas les États de l’Ouest (le Missouri, l’Illinois, le Wisconsin et le Michigan, par exemple). Comme vous pouvez le constater, beaucoup de chemins mènent à l’aiguille qui se cache dans la botte de foin.

Le séminaire FamilyRoots de 2017 a lieu à Calgary, en Alberta

L’Alberta Family Histories Society présente le samedi 23 septembre le séminaire FamilyRoots 2017 à Calgary. La description du programme et l’horaire se trouvent ici. Pour vous inscrire, veuillez cliquer ici.

La Femme qui fuit

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En tentant de retracer un de mes ancêtres sur le web, j’ai eu toute une surprise. Je l’ai effectivement trouvé, là où je n’aurais sans doute jamais songé à fouiller. Je suis tombée sur une thèse ayant pour sujet la violence domestique à Montréal dans la première moitié du XIXe siècle1.

Jean Detouin, l’ancêtre que je recherchais, n’était pas à première vue un homme violent. On a plutôt sérieusement menacé d’attenter à sa vie et de mettre le feu à sa maison. Il a dû se résigner et porter plainte contre … sa propre épouse!

Marie Archange dite Julie Daigneau naît à Boucherville en 1797. Le 20 juin 1821, lors de son mariage avec Jean Detouin, menuisier récemment arrivé de Belgique, elle vit à Montréal, alors que ses parents habitent à Boucherville. Sa soeur aînée, Marie Josephe, s’est également mariée à Montréal, en 1818, avec François George Lepailleur, notaire. Archange a peut-être habité avec sa soeur. Si c’est le cas, cette cohabitation aura été de courte durée puisque les Lepailleur partent vivre à Châteauguay en 1820.

Sept mois après son mariage, Archange donne naissance à sa première fille, Marie Elmire. Là encore, le premier enfant arrivait souvent plus vite que les suivants. Elle n’est pas la première femme à se marier enceinte. Trois autres filles naîtront à deux ans d’intervalle chacune: Marie Archange dite Angèle, Henriette et Caroline. La dernière naît en juin 1828, sept ans après le mariage de ses parents. Celle-ci décède cinq jours après sa naissance. Puis, la pénultième décède en décembre 1829. Enfin, Jean Detouin meurt en 1832 lors de l’épidémie de choléra. Les deux aînées se retrouvent orphelines de père et sont prises en charge par un oncle. Mais où est donc leur mère?

La déposition de Jean Detouin contre sa femme, le 5 mai 1831, nous éclaire un peu sur la situation de la famille et, par ricochet, sur celle d’autres familles de Montréal à l’époque:

«… depuis environ trois années, Julie Daigneau sa femme aurait laissé son lit et sa maison et abandonné ses enfants et serait adonnée à la boisson, vivrait errante et comme une vagabonde et une prostituée. Que depuis mardi dernier qu’elle serait sortie de prison, elle serait venue plusieurs fois trouver le déposant chez lui et plus particulièrement ce jourd’hui, aurait troublé la paix et la tranquillité publique, aurait assailli et menacé de frapper le déposant et aurait fait plusieurs menaces entr’autres qu’elle voulait faire bruler la maison …»

Archange, qui dans la rue est devenue Julie, sortait de prison et avait délaissé sa maison depuis trois ans. J’ai donc consulté les registres d’écrou de la prison de Montréal à partir de la date de son dernier accouchement. Bingo! Julie est emprisonnée une première fois en novembre 1828 pour vol à l’étalage. On l’accuse du même délit en mars 1829. Les fois suivantes, elle sera emprisonnée pour vagabondage ou pour avoir troublé la paix.

À y regarder de plus près, Archange est en pays de connaissance en prison. Elle y retrouve la marraine de sa benjamine. Angélique Catafard est également entrée en prison à plusieurs reprises. Celle-ci est entre autres arrêtée sur le Champ-de-Mars, en compagnie d’autres prostituées, par un constable de police qui les décrit comme vagabondes et femmes de mauvaise réputation.

Emprisonnée 28 fois entre 1828 et 1836, Archange dite Julie Daigneau décèdera en prison le 3 février 1837. Elle aura laissé toutes ces traces dans les archives judiciaires. Si je m’étais contentée de consulter les registres d’État civil, d’une part, je n’aurais jamais pu trouver son décès. D’autre part, je n’aurais jamais pu prendre toute la mesure de cette vie de misère qu’a connue cette famille. Enfin, à la lumière de ce portrait, il est légitime de se demander si Jean Detouin est le père des quatre filles d’Archange « Julie » Daigneau?

1 Pilarczyk, Ian C., Justice in the Premises: Family Violence and the Law in Montreal, 1825-1850.

Une visite au lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine

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Au cours de l’été, je suis allée visiter le lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine (géré par Parcs Canada*). J’étais tentée d’y faire un saut parce qu’il y a plusieurs voyageurs dans mon arbre généalogique.

Ce petit musée — la visite dure une quarantaine de minutes — représente l’excuse idéale pour qui souhaiterait reprendre son souffle lors d’une randonnée à vélo sur la piste longeant le canal de Lachine. Abrité dans un ancien entrepôt construit en 1803 par Alexander Gordon, ex-commis de la Compagnie du Nord-Ouest, le musée constitue le dernier vestige de l’époque du commerce de la fourrure qui faisait de Lachine le lieu de rendez-vous des voyageurs au printemps.

J’ai pu constater que même les enfants présents au musée ont vraiment apprécié cette visite interactive. Et mon propre coeur d’enfant a également été comblé : des cartes, des artefacts, des documents de même que des panneaux explicatifs sur la vie du voyageur sont présentés. D’ailleurs, celui qui a particulièrement attiré mon attention se lit comme suit :

« Vous engager vous intéresse? »

Voici les critères d’embauche :

Caractéristiques physiques :
Taille : pas plus de 1,70 m
Poids : moins de 63 kilos
Sexe : masculin
Épaules : larges et fortes
Jambes : courtes

Qualités essentielles :
Grande résistance physique et morale.
Capable d’endurer les moustiques.
Ne s’ennuie pas facilement.
Jovial et aimant la vie simple.

Description des conditions de travail :
Avironner de 16 à 18 heures par jour.
Portager régulièrement de 2 à 3 ballots de 40 kilos chacun.
Haler le canot.
Réparer les canots endommagés.
Se retrouver dans l’eau froide à chaque portage.
Dormir de cinq à six heures par nuit à même le sol.
Chanter afin de mieux rythmer la cadence des 40 à 60 coups d’aviron donnés à la minute.

Compensations versées par la compagnie :
Salaire : moins de 100 $ par année.
Vêtements : pantalon, chemise, mouchoir, mitasses (jambières), couverture.
Sac à feu : pipe, tabac, couteau.
Nourriture : deux rations quotidiennes d’un mélange de pois, de fèves ou de maïs et de lard salé réduit en une purée épaisse…
Tous puisent à même la marmite.
« Régale » : un verre de rhum à l’occasion.

Bon, je vois que cette vie n’était pas pour tout le monde et que de mettre la main sur la perle rare devait nécessiter patience et organisation. Je me demande si certains candidats ont été refusés faute d’avoir une voix juste!

Si vous avez déjà parcouru des contrats d’engagement passés devant notaire, ces termes vous sont sûrement familiers :

L’avant ou le devant de canot : il surveille les écueils.
L’arrière de canot ou le gouvernail : il dirige le canot.
Le milieu de canot : il fait partie de l’équipe de rameurs.

Se trouvaient également, au milieu du canot, des passagers, comme les bourgeois ou les commis de la compagnie de traite des fourrures. Au total, un canot avait à son bord quelque 10 à 12 personnes.

Mais pourquoi entreprendre de si longs voyages dans de si minuscules embarcations? Parce que c’était le seul moyen de traverser les rapides du Sault-Saint-Louis. De plus, chaque canot transportait environ quatre ballots de 90 livres chacun contenant les marchandises qui seraient livrées aux Amérindiens en échange de fourrures. Les voyageurs quittaient Lachine, située aux abords du lac Saint-Louis, et ramaient jusqu’à Fort William (Thunder Bay, en Ontario), le point de départ pour les Pays-d’en-Haut.

Des voyageurs dans votre arbre généalogique, peut-être? Pour le découvrir, n’hésitez pas à consulter cette base de données de La Société historique de Saint-Boniface.

Le musée est ouvert de la mi-juin au week-end de la fête du Travail.

*Dans le cadre du 150e anniversaire du Canada, l’entrée est gratuite dans tous les endroits gérés par Parcs Canada en 2017.

Deux musées montréalais se souviennent de l’Expo 67

Après avoir bien profité de vos vacances, vous avez manqué de temps pour revivre l’Été de l’amour? Deux musées montréalais présentent des expositions ayant pour thème l’exposition universelle de 1967.

Jusqu’au 1er octobre, le Musée McCord nous propose Mode Expo 67 et l’exposition À la recherche d’Expo 67 du Musée d’art contemporain de Montréal a réuni 19 oeuvres conçues par des artistes québécois et canadiens contemporains.

L’été n’est pas encore terminé!